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Voile en ville

Voile en ville

Jeunes marins urbains, c’est tout à la fois une belle aventure humaine et la célébration d’une passion commune: la voile sur le Saint-Laurent.

 Village Au Pied du courant, sud-est de Montréal, cinq ou six gars s’agitent autour du squelette d’un voile-aviron de 27 pieds de long. Depuis le début juillet, chacun d’eux participe, en gang, à la construction artisanale du bateau en bois lors de plusieurs ateliers qui rassemblent, durant quelques heures, une poignée de participants. Chaque été, une quarantaine de passionnés y prennent part. Ce soir, un petit défi technique crée une certaine agitation dans le groupe. On n’est pas sûr de la technique à utiliser pour fixer la quille en aluminium – un prototype, cette année – à la cale du bateau. Mais, impossible n’est pas marin : la solution va surement émerger de la dynamique de groupe. 

Créer ensemble

En ce jeudi soir, l’atelier a des airs de boy’s club (aucune femme à l’horizon), mais qu’on ne s’y trompe pas, ceci n’est qu’un concours de circonstance : «Il n’y a aucune raison logique à ça, mais va savoir pourquoi, cette année, le jeudi c’est un groupe de gars et le mercredi, un groupe de filles», plaisante Yves Plante, le grand instigateur du projet Jeunes marins urbains.   

Derrière ce chantier naval artisanal, il y a d’abord le rêve de cet infatigable rêveur : promouvoir l’accès à la voile pour le plus grand nombre. «Une fois qu’on a construit un bateau, on se l’approprie, dit-il. Ensuite, on n’a qu’une envie : sortir en mer!» Depuis 3 ans, l’organisme Jeunes marins urbains amène des Montréalais de toutes origines et de tous horizons à construire des voiles-aviron composés d’une structure de frêne, d’un mât de planche à voile et d’une enveloppe en toile. Le bois nécessaire à la réalisation des lisses de la charpente provient des arbres coupés sur le territoire par la Ville de Montréal. Reste ensuite à transformer les troncs en planches. Cette année, on prévoit la construction de dix voiles-aviron d’ici décembre. Les ateliers ont lieu au village Au Pied du courant jusqu’à la mi-septembre, ensuite, la construction se fera à l’intérieur.


Faire œuvre utile

Car on y croit à ce projet rassembleur; en plus de fournir les arbres, la Ville de Montréal a accordé cette année une enveloppe de 82 000$ dans le cadre du Fonds d’initiative au rayonnement de la métropole. Un soutien renforcé par celui du gouvernement du Québec, notamment avec le ministère de la Métropole, engagé depuis les tout débuts, et qui y croit. Depuis 2016, Emploi et Développement social Canada offre, quant à lui, une subvention pour le salaire de deux employés qui encadrent les ateliers (un temps plein et un temps partiel) dans le cadre du programme Emploi été Canada.

Car, derrière ces ateliers artisanaux se profile surtout l’idée de la cohésion sociale, l’une des obsessions du navigateur aventurier. «La construction navale est une façon de créer des liens entre les gens, dit-il, parfois même entre des voisins qui se croisent chaque jour et qui ne se sont jamais parlés.» Résoudre un problème technique ensemble, ça tisse des relations. Parfois un passant curieux prend le temps de s’arrêter, pose deux-trois questions, observe la naissance du bateau et résultat : ça fait un artisan de plus inscrit au prochain atelier. 

Qu’on ne s’y trompe pas : la vocation sociale à proprement dite n’est pas partie intégrante de l’aventure. Pas d’étiquetage sur l’âge, l’origine ethnique ou le milieu social. Y participe qui le désire : un entrepreneur, une infirmière, un étudiant ou un couple de retraités. Ils sont nés sur l’île de Montréal ou viennent du Niger, du Maroc, d’Haïti ou du Honduras. C’est le décloisonnement des forces vives qui est le moteur de ce travail d’équipe élaboré autour d’une passion : la voile. «S’il y a une mission sociale, celle-ci consiste à mettre les gens en lien mais sans communautarisme», résume Yves Plante.

Un bateau sur l’eau

Après la construction du bateau vient tout naturellement l’envie de naviguer. L’an dernier, 500 sorties d’initiation de 3h ont été données gratuitement sur le fleuve dans le secteur de Pointe-aux-Trembles. Sans la pandémie, on prévoyait de tripler ce chiffre cette année. Mais, à Jeunes marins urbains, on promet de se reprendre l’an prochain. En 2019, une toute première expédition d’une semaine a rassemblé une quinzaine de jeunes ados sur deux voiles-aviron – pour la plupart une première expérience sur le fleuve – en mode voile-camping jusqu’à Québec. Une expérience couronnée de succès pour des jeunes Montréalais dont la plupart ne sont jamais sortis de leur quartier.

Et les objectifs vont aussi loin que les rêves d’Yves Plante et de son équipe de passionnés : construire une flotte de 20 bateaux correspondant aux 19 arrondissement (plus le centre-ville de Montréal), histoire de «personnaliser» chaque embarcation aux couleurs d’un quartier de Montréal. Le but est de créer du lien – encore! – entre chaque quartier pour souligner l’étonnante diversité de la métropole. La construction navale vient de prendre en chemin un volet artistique. 

Une fois cet objectif atteint, il faudra bien en sortir, de l’île de Montréal, et exporter l’aventure le long du fleuve jusqu’à Québec. Aussi, dans quelques années, Jeunes marins urbains voudrait amener «10 000 enfants sur le fleuve Saint-Laurent», chaque été ; plus qu’un programme, une vision d’avenir. Cette initiative a déjà reçu l’appui du gouvernement du Québec. «L’idée, c’est de toucher les jeunes citoyens urbains, leur montrer l’accès à ce fleuve qu’ils ne connaissent pas, explique Yves Plante. Sinon, on reste dans le divertissement.»  

Au train où vont les choses, on a tout lieu d’y croire.

Infos pratiques : Pour participer au projet, il suffit de s’inscrire en ligne. On y trouve toute l’information sur les dates et lieux où sont donnés les ateliers, ainsi que sur les mesures sanitaires qui sont appliquées. Un programme de socio-financement est également proposé aux intéressés. Info : www.jeunesmarinsurbains.org

À propos de L’Escale Nautique

L’Escale Nautique est une publication indépendante qui sert le marché de la navigation de plaisance depuis 1995. Elle présente aujourd’hui le plus fort tirage payé de toutes les publications nautiques au Québec. L’Escale Nautique est distribuée à tous les membres de la Fédération de voile du Québec, ainsi qu’aux membres francophones des Escadrilles canadiennes de plaisance.

Le Guide du tourisme Nautique est un guide de navigation publié chaque année depuis 1997. Il s’agit à l’heure actuelle du guide de navigation le plus documenté des principaux plans d’eau du Québec, scrupuleusement remis à jour chaque saison.

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