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Fenêtre sur les bélugas

Fenêtre sur les bélugas

Le mariage de la recherche et de l’éducation

 Propos recueillis auprès du directeur du GREMM, Robert Michaud

«Fenêtre sur les bélugas, c’est mon projet préféré. Une véritable indigestion de données!» Au bout du fil, le ton enthousiaste de Robert Michaud est communicatif.  «C’est une aventure hallucinante, nous découvrons des choses qu’on n’avait jamais imaginées». Le chercheur, passionné par les travaux qu’il mène sur les mammifères marins depuis près de 40 ans, est aussi un excellent communicateur qui sait tenir ses auditeurs en haleine.

«Ces choses qu’on n’avait jamais imaginées», ce sont les données  recueillies au moyen de drones. Ces nouveaux outils d’observation ouvrent effectivement des portes jusqu’alors inaccessibles à la recherche scientifique. La capacité de filmer les troupeaux de manière régulière et récurrente livre beaucoup d’informations et permet de mettre en place deux nouveaux protocoles de recherche qui vont approfondir le niveau de connaissance de la population des bélugas du Saint-Laurent. L’un s’intéresse au comportement des animaux à leur condition physique.

 

Les suivis de comportement physique et acoustique

«Nous avons débuté l’observation simultanée en utilisant drone et hydrophone dans la baie Sainte-Marguerite à partir de 2018» indique Robert Michaud. Au fil des observations, on s’est rendu compte que l’espace acoustique se réduisait de 50% entre les femelles et les veaux lorsque des bateaux transitaient dans le secteur. Un dérangement susceptible d’interrompre des activités importantes entre les mères et les jeunes.

«Les bélugas sont des animaux hyper sociaux qui communiquent en permanence. La qualité du lien social entre les mères et les veaux représente un facteur d’influence qui peut s’avérer déterminant dans la capacité de survie de ces derniers» explique Robert. Le couplage des observations visuelle et sonore a permis ici de documenter formellement le facteur de dérangement induit par le passage des navires.

Le protocole de recherche comportemental privilégie l’observation la plus longue possible – soit 30 min au maximum – d’un même groupe. Les hydrophones permettent de corréler le comportement social avec les données acoustiques. Jaclyn Aubin, doctorante affiliée au projet, a découvert que le répertoire vocal des bélugas varie d'un secteur à l'autre. Ces données, encore à l'analyse, suggèrent qu'il pourrait y avoir trois communautés de femelles différentes dans le Saint-Laurent, possédant chacune leur propre répertoire vocal. La différenciation des répertoires ouvre un champ de recherche passionnant.

L’équipe a ainsi fait une surprenante découverte : les troupeaux possèdent des répertoires vocaux différents les uns des autres. À la baie Sainte-Marguerite, on a pu identifier trois communautés de femelles différentes possédant chacune leur propre répertoire vocal. La différenciation des langages entre les groupes ouvre un champ de recherche passionnant.

Le réseau d’hydrophones est mouillé pendant trois mois au cours de la saison estivale devant les îles de Kamouraska, à un mille au large de Gros Cacouna et au Saguenay dans la baie Sainte-Marguerite. Les appareils enregistrent en permanence les vocalises et sont récupérés pour analyse au début de l’automne. Un autre réseau d’hydrophones câblés, installé approximativement sur les mêmes sites, fournit des données en temps réel qui sont acheminés vers les centres d’interprétation.

L’observation des groupes illustre aussi une diversité de comportements sociaux. On identifie des groupes à très forte cohésion, plusieurs groupes différents nageant dans un même secteur pour former un troupeau, ou encore de tout petits groupes de seulement deux ou trois individus. L’interprétation des images facilite la reconnaissance des animaux, enrichit la connaissance des comportements de groupe et livre à l’occasion des informations aussi inédites qu’étonnantes. On a ainsi observé à maintes reprises que les soins prodigués aux veaux l’étaient à l’occasion par des femelles qui n’étaient pas les mères. Une représentation très significative des forts liens sociaux unissant les bélugas du Saint-Laurent.

 

La photogrammétrie

Il faut souvent chercher longtemps avant de trouver quelque chose. La recherche scientifique se nourrit de patience. La photogrammétrie mesure la taille des animaux à partir des vidéos captées par les drones. Une prise de mesures à distance permettant d’identifier les femelles enceintes et également d’évaluer gain ou perte de poids.

Toute la difficulté du processus résidait dans l’établissement de standards corporels de départ. L’étude initiale consistait à effectuer des suivis de grossesse de bélugas en captivité pendant cinq ans dans cinq aquariums différents. On a habitué les animaux à se faire photographier toutes les semaines sur le même angle pour relever leurs mensurations.

«Aujourd’hui, nous sommes capables de faire passer un test de grossesse aux femelles par drone» lance à la blague Robert Michaud. Ces mesures de tours de taille et de quantités de gras, corrélées avec les analyses hormonales des biopsies effectuées sur l’eau, livrent des bulletins de santé beaucoup plus précis que par le passé. Ces données, toujours prélevées sur les mêmes emplacements, affinent les indices de condition physique et autorisent les suivis des individus année après année. Le protocole de photogrammétrie s’attache à suivre les femelles avant et après la grossesse et à établir également les taux de survie des veaux.

 

Fenêtre sur les bélugas et le grand public.

Le volet grand public du projet Fenêtre sur les bélugas sera lancé au printemps prochain. Des brigades de pilotes de drone installées sur trois sites dans l’estuaire du Saint-Laurent permettront de diffuser en temps réel des images et des vocalises captées par hydrophone sur des sites d’interprétation. Des naturalistes se chargeront d’expliquer et de commenter les comportements au public.

Ce programme unique et particulièrement novateur veut proposer une alternative à l’observation en mer, source potentielle de dérangement. Il a nécessité quatre années de collaboration avec le ROMM, la Raincoast Conservation Foundation, la Première Nation Wolastoqoyik Washipekuk, la Sépaq, Parcs Canada et le support financier des gouvernements du Canada et du Québec à la hauteur de 2 millions $ pour un budget global de 3 millions $. Un prochain texte dévoilera le détail du programme destiné au public.

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