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L’incroyable retour de Maud en Norvège

L’incroyable retour de Maud en Norvège

Le renflouement du trois-mâts barque d’expédition polaire Maud à Cambridge Bay au Nunavut tient autant de l’exploit technique que du conte de fées. Le navire de 118 pieds gisait sur le fond depuis 1939 lorsqu’une équipe norvégienne entreprit de le renflouer en 2015.

Les Norvégiens vouent un véritable culte à leur célèbre explorateur Amundsen et ils attachent une grande importance à leur patrimoine maritime. Ils ont conservé au Musée des expéditions polaires à Oslo le Fram et le Gjøa, deux des navires d’exploration d’Amundsen. Il ne manquait plus que le Maud.

Après avoir été le premier à franchir le passage du Nord-Ouest (1905) et à atteindre le pôle Sud (1911), Roald Amundsen envisage de traverser l’océan Arctique en se laissant dériver dans la glace sur une trajectoire plus nordique que le Fram, et ce dans l’espoir de toucher le pôle nord.

Il trouve les fonds pour faire construire un nouveau navire spécialement conçu pour le projet. Maudest mis à l’eau en 1917 et appareille de Norvège en juillet 1918, mettant le cap au nord vers les eaux russes. L’équipage va passer deux années sur le littoral russe sans parvenir à dériver sur la banquise vers le pôle. Maud n’en a pas moins franchi le passage du Nord-Est lorsqu’Amundsen décide d’interrompre l’expédition pour gagner Nome en Alaska où le navire relâche en juillet 1920.

De 1920 à 1925, le trois-mâts barque effectue deux nouvelles tentatives infructueuses vers le pôle Nord. Amundsen dilapide sa fortune dans ses tentatives d’exploration et sa passion dévorante pour l’aviation. Lorsque Maud entre à Seattle en 1925 pour des réparations, les créditeurs l’attendent de pied ferme. Le bateau est saisi, puis revendu à la Compagnie de la Baie d’Hudson qui le renomme BayMaud.

Après des transformations à Vancouver en 1926, le navire se retrouve ancré à Cambridge Bay en 1927 où il sert à la fois d’atelier, d’entrepôt et de station radio. Le tirant d’eau trop important du navire se prête mal aux activités de son nouvel acquéreur.

En 1930, une voie d’eau au niveau de l’arbre d’hélice l’envoie par le fond. La Compagnie de la Baie d’Hudson l’abandonne à son sort, retirant pièces et équipements. La coque est dynamitée en 1935 pour libérer le carburant resté dans les réservoirs. Les habitants de Cambridge Bay en font une source d’approvisionnement en bois, ce qui a raison du pont. Il ne reste plus qu’une partie supérieure du bordé au-dessus de la surface pour rappeler la présence de Maud à Cambridge Bay.

En 1990, la ville norvégienne d’Asker obtient la propriété de l’épave de la Compagnie de la Baie d’Hudson pour la somme symbolique d’un dollar. Le gouvernement canadien émet un permis pour mener les travaux de renflouement, mais les coûts estimés de l’opération (36 millions $) dissuadent les Norvégiens d’aller plus loin.

En 1997, une expertise sous-marine du Musée maritime de Vancouver conclut que la structure du Maud est encore en bon état et qu’un renflouement est envisageable. Les eaux froides de l’Arctique favorisent la bonne conservation des épaves. Mais comment s’y prendre pour renflouer le navire?

Les trois frères Gudbrand, Espen et Franz Tandberg, hommes d’affaires prospères résidents d’Asker vont dénouer l’impasse en finançant le sauvetage de Maud. Ces trois-là avaient à peine entendu parler du bateau d’Amundsen, mais ils partageaient un goût pour les projets impossibles et les défis d’ingénierie.

Ils mettent sur pied l’organisation Maud Returns Home qui devient en 2011 la nouvelle propriétaire de l’épave. Leur objectif ne manque pas d’audace : renflouer le navire et le remorquer en Norvège en empruntant le passage du Nord-Ouest.

Le mois d’août 2011 voit la nouvelle équipe enchaîner les plongées pour recueillir les données nécessaires au lancement de l’opération. Le concept retenu : passer des élingues sous la carène, les relier à des réservoirs remplis d’air pour soulever la coque et la glisser ensuite sur une barge submersible.

Les frères Tandberg se chargent de construire la barge en Norvège et font l’acquisition d’un remorqueur qui la transporte au Nunavut à l’été 2014. Il leur faudra deux étés de travaux pour réussir à soulever Maud qui s’arrache finalement du fond le 1er août 2016. Ce n’est qu’à la mi-septembre qu’on engage la barge sous la coque pour enfin la mettre au sec.

Le convoyage débute vers la fin août de l’année suivante, lorsque la glace libère les détroits. Le convoi parvient à traverser le détroit de Lancaster et met le cap sur le Groenland où il hiverne. Il se remet en route en juin 2018 pour doubler le cap Farvel au point méridional du Groenland et faire ensuite escale en Islande. Remorquer une barge dans l’Atlantique nord est un exercice périlleux qui demande aussi beaucoup de patience pour faire le gros dos pendant le passage des coups de vent.  Le 18 août 2018, Maud fait une entrée triomphale à Vollen dans le fjord d’Oslo. Il aura fallu un siècle aux trois-mâts barque pour revenir dans ses eaux.

La suite n’est pas encore écrite, mais il est prévu de baser le navire à Asker, à une heure d’Oslo. On planifie la construction d’un musée ultra moderne pour le conserver et le présenter au public. Une bien belle histoire qui ne déplairait pas à Amundsen.

Le Canada a laissé partir le navire à regret. Les habitants de Cambridge Bay auraient aimé conserver Maud et le gouvernement canadien a pour un temps refusé le permis d’exportation. Personne au pays n’ayant présenté de plan de conservation, les Norvégiens ont eu le dernier mot et ils ont aussi fait preuve d’une exceptionnelle détermination.

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