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40 ans de services de sauvetage à Québec

40 ans de services de sauvetage à Québec

Le 11 juillet 2018, sans tambour ni trompette, se sont retrouvés à la terrasse du bistrot La Mauve, à Saint-Vallier de Bellechasse, trois marins retraités de la Garde côtière canadienne.   Marins mais surtout coordonnateurs de sauvetage.  Il y a 40 ans en effet, en ce 10 juillet 1978, on avait  engagés ces trois officiers de navigation pour servir en qualité de coordonnateurs de recherche et sauvetage.  

Mathieu Vachon, Daniel Tremblay et Hubert Desgagnés faisaient alors partie de la banque d’officiers destinés à œuvrer sur les brise-glaces, baliseurs et autres navires de la GCC. Cependant, on venait de mettre sur pied une toute nouvelle direction axée sur la recherche et sauvetage ainsi que sur la sécurité nautique.  L’acquisition de nouvelles embarcations de sauvetage, l’embauche d’officiers de prévention nautique, le regroupement de sauveteurs bénévoles et la mise sur pied d’un centre de coordination des opérations de recherche et sauvetage étaient alors la priorité du gouvernement canadien  Pour faire fonctionner ce centre de sauvetage 24 heures sur 24, on avait besoin de cinq officiers.  Mais seulement trois étaient disponibles!  Alors Pierre Boisvert, tout nouveau gestionnaire de cette nouvelle direction a sollicité les services des trois officiers qui avaient étudié tout l’hiver ensemble au Collège de la Garde côtière à Sydney, au Cap Breton, afin d’obtenir leur brevet de commandant.

Après une trop courte période de formation « sur le tas », Pierre Boisvert leur avait dit : "Faites pour le mieux" !  Il faut alors se mettre dans le contexte de l’époque, il n’y avait pas de centre de sauvetage maritime spécifique pour le fleuve Saint-Laurent. C’était les centres de coordination de Trenton, en Ontario et d’Halifax, Nouvelle Écosse qui répondaient aux appels, dans la langue de Shakespeare habituellement. Les opérateurs radio de la Garde côtière faisaient le plus souvent le relais, traduisant les demandes d’assistance et les questions des coordonnateurs anglophones.   Politiquement, le climat était chaud. On était alors au cœur de la bataille des gens de l’air qui réclamaient que la langue française soit utilisée dans le ciel québécois et le Parti Québécois alors au pouvoir depuis 1976 exerçait une pression sans équivoque sur le fédéral. Et c’était sans compter une tragédie en mer au large de Percé en 1976 qui avait entrainé le décès de 12 personnes dont 10 jeunes touristes françaises. Le gouvernement canadien se devait donc de fournir un service de recherche et sauvetage adéquat sur le fleuve. 

« Avec un effectif de trois personnes seulement, nous avons travaillé en moyenne 56 heures/ semaine durant la première année » relate Mathieu Vachon de Lévis.  « Cette situation nous obligeait à être au courant de tous les incidents signalés. Un coordonnateur débutait une intervention, le second la terminait et le troisième rédigeait le rapport, et on recommençait! » 

La Sûreté du Québec, la police de Montréal, et les autres services de sécurité publique de la province ne savaient pas où appeler pour signaler un accident nautique. Étonnamment, la Garde côtière canadienne était méconnue et plusieurs policiers francophones évitaient de communiquer avec Halifax ou Trenton pour des raisons linguistiques évidentes.

Daniel Tremblay a rapidement réalisé que cet emploi était tout sauf un emploi de tout repos.  « Il fallait connaitre parfaitement notre géographie pour un territoire immense compris entre Beauharnois et Blanc-Sablon. Se faire un portrait d’une situation racontée par quelqu’un qui est en crise et prendre rapidement LA bonne décision… Ça été un emploi très stressant » dit celui qui est resté au Centre de sauvetage durant près de 30 années.  Plusieurs officiers, dont des commandants expérimentés sont venus « essayer » ce poste où tout se fait par téléphone, mais plusieurs ont quittés après quelques semaines, voire après quelques jours à peine.  Ne pas voir l’opération de sauvetage de ses propres yeux rendaient incompatible cet emploi pour des officiers « visuels »….

Lentement, mais sûrement, le centre a pu compléter son effectif permanent. « Les candidats qui sont restés étaient habituellement des officiers qui avaient des qualités bien particulières.  Il fallait être curieux, savoir gérer le doute, avoir un leadership adéquat permettant de donner des ordres à des commandants de navires de tout genre, ne pas hésiter à faires des  d’appels, même de nuit pour confirmer un truc, trouver des ressources, obtenir des précisions, être capable de dédramatiser une mission, de rester neutre et surtout calme en tout temps, même avec une personne en état de panique à l’autre bout du fil. Il fallait également faire preuve d’empathie.  En même temps, une personne trop optimiste ne cadrait pas avec le profil de l’emploi.  L’adage « pas de nouvelle = bonne nouvelle » était la dernière chose à penser.  En cas de doute, nous devions toujours donner préséance à la pire option.  Nous savons tous qu’une opération de recherche qui dure 3 ou 4 jours peut être très couteuse, mais le prix de la vie humaine n’a aucune comparaison possible.

Avec les années, de nombreux outils ont été développés afin de faciliter le travail des coordonnateurs, comme par exemple les radios balises de détresse captées par un réseau de satellites russes et américains (Cospas/Sarsat), ou un logiciel de prédiction des courants associé au suivi de radiobalises par satellite.  Un accident de la circulation est en effet relativement simple à gérer : La police, les pompiers, l’ambulance sont demandés pour une telle adresse civique.  Si on y retourne le lendemain, les autos accidentées seront toujours au même endroit.  Mais la mer est un terrain continuellement en mouvance.  Non seulement, la vitesse des ressources est relativement lente, mais la position des survivants peut se déplacer à plus de 20 km du lieu de l’accident après seulement 5 heures de dérive….

Hubert Desgagnés indiquera que l’arrivée des cellulaires et l’introduction des centres d’urgence 911 ont également changé la donne. Plusieurs plaisanciers ont malheureusement cessé de s’équiper d’une radio VHF marine.  Le fait d’avoir le cellulaire a par contre permis à plusieurs personnes de donner l’alerte plus rapidement, même si cela ajoutait davantage d’appels pour un même incident.  Les centres 911 ont ainsi rendu plus facile la communication.  D’ailleurs le Centre de sauvetage de Québec a été le premier centre de sauvetage au Canada à avoir une ligne directe avec un centre 911 (celui de la Communauté urbaine de Montréal).

Les trois anciens coordonnateurs se rappellent d’un centre de sauvetage dépourvu d’ordinateur en 1978. « Nous avions comme outil principal de travail un téléphone et notre tête! »  Un kayak en retard à Tadoussac, un canot Rabaska chaviré avec 12 jeunes à l’eau dans le Lac Saint-Louis, et un abordage entre un bateau cigarette et un seadoo sur la rivière des Prairies, ces trois incidents  ont un jour été signalés dans un intervalle de temps de 2 minutes ».  Il fallait rapidement faire le tri des urgences, contacter les bonnes ressources et continuer à répondre aux autres appels tout en ayant dans notre tête les cartes des trois endroits. Le premier ordinateur a fait son apparition au centre en 1984.

On ne compte plus le nombre de personnes sauvées en 40 ans par ce centre de sauvetage maintenant surnommé le MRSC de Québec.   Mais on se rappelle surtout des incidents qui se sont terminés avec des pertes de vies, sans oublier les victimes co-latérales...comme la disparition corps et bien du crevettier L'Écume, le naufrage du bateau maison Jaguar V quelque part au large de Gaspé, l’incendie du pétrolier Hudson Transport au large de Matane, la disparition en mer du curé de Godbout, celle d’une famille de portugais partie à la pêche au large de Sainte Félicité de Matane, ou celle encore des cinq membres d'une famille de Shawinigan partis à la pêche au large de Baie Trinité. Il y a eu aussi le naufrage du remorqueur Pointe Marguerite à Sept-Îles, le naufrage du Coudres de l'Ile au large de Les Escoumins,  ou le décès tragique d’un homme remorqué par une embarcation dans la Voie maritime et qui avait percuté tête la première l’enrochement du remblai, ou encore la recherche pour des touristes français à la dérive en canot en décembre par -25°C au large de Les Escoumins, ou la disparition du bateau de pêche Le Bout de Ligne et le naufrage deux jours plus tard du chalutier Nadine.  Souvent, les victimes étaient déjà décédées au moment de l’alerte.  Mais on se rappelle du naufrage du voilier Belle-Isle et de ses trois occupants à l’entrée du Saguenay, le premier jour du déluge du Saguenay.  La station radio côtière de Québec avait conservé un contact radio durant environ une demi-heure après le mayday initial. Puis, plus rien.  Deux corps avaient été retrouvés au cours des jours suivants. Une semaine plus tard, les enfants de deux des victimes se présentaient au centre de sauvetage pour écouter les communications radio provenant de leur père selon la rumeur persistante.  Ce n’était pas le cas mais il avait fallu répondre à une longue liste de questions, ce qui étrangement, s’est rarement produit au cours de ces 40 années.  Comme si, une fois la mission de sauvetage terminée, on tournait la page et on ne voulait plus en parler… Dans ce cas-ci, cependant, Hubert a toujours conservé le contact avec l’ainée devenue depuis aubergiste.

Nous étions loin de la technologie à cette époque.

Une table à carte avec cartes hydrographiques pour tout le fleuve, une copie de tous les annuaires téléphoniques pertinents, un rolodex pour les numéros de téléphone importants et un appareil téléphonique multilignes avec système d’enregistrement et un télex.

Un petit cartable vert pour servir de registre de quart et des tablettes pour prendre des notes. Les lignes téléphoniques étaient enregistrées.

  • Il n’y avait pas de cellulaire
  • pas de centre 911
  • pas d'ordinateur avant 1984
  • pas de fax

Une base de donnée informatisée a été créée en 1984 afin d’obtenir  un outil d’analyse des statistiques sur les incidents de recherche et sauvetage permettant de cerner avec plus de précision les clientèles nécessitant les efforts de prévention. Puis une base de données dynamique a été créée pour permettre un choix plus judicieux des ressources à utiliser en cas d’urgence.
La Garde côtière auxiliaire a permis d’améliorer considérablement la couverture SAR grâce à l’ajout de près de 170 ressources privées complétant la couverture de base de la Garde côtière canadienne.
Le 11 juillet dernier, se sont donc retrouvés trois officier retraités venus fêter le 40e anniversaire du CURES, alias CSSM, alias MRSC de Québec, alias, le centre de sauvetage maritime de Québec.  Et ils en ont parlé de cette période de leur vie consacrée, « pour que d’autres puissent vivre! »

Étienne Lefebvre

 

 

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