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Baleines et pêche au crabe, des mesure à envisager

Baleines et pêche au crabe, des mesure à envisager

Des scientifiques de Mérinov se penchent sur divers projets pour protéger la baleine noire tout en veillant à assurer la pérennité de la pêche au crabe.

La baleine noire se meurt d’une cohabitation dévastatrice avec l’activité humaine. Une de ses activités, la pêche au crabe, est la pêche la plus rentable du golfe. Seulement l’an dernier, au Québec, la valeur au débarquement du crabe des neiges a atteint 183 millions de dollars.
La pêche la plus rentable, certes, mais aussi une des plus nuisibles pour la baleine noire.
Les casiers qui sont déposés dans les fonds marins sont reliés à des câbles et des bouées qui flottent en surface. Ce sont dans ces grands câbles verticaux que s’empêtrent les baleines.

  • Des études démontrent que plus de 80 % des baleines noires se sont empêtrées au moins une fois dans leur vie dans les eaux canadiennes et américaines. Même si cet empêtrement ne leur a peut-être pas été fatal, le stress causé par l’accident aurait des impacts négatifs sur la reproduction.
  • La certification de la Marine Stewardship Council (MSC) a été suspendue pour 90 jours cette année en raison des dangers de la pêche au crabe pour la survie de la baleine.

Technologie et investissement

Le biologiste Jérôme Laurent, du Centre d’expertise en technologies des pêches Merinov, admet qu’il n’y a pas de solutions technologiques à court terme pour éliminer complètement ces câbles verticaux. Il faudra investir beaucoup, dit-il, et dès maintenant.
La survie d’une espèce en dépend, mais aussi la pérennité d’une pêche extrêmement importante dans le golfe. « Tout porte à croire que la baleine noire fréquentera de plus en plus le golfe et même l’estuaire du Saint-Laurent, tant que sa nourriture s’y trouvera », commente le biologiste.
Le centre de recherche Merinov et les pêcheurs de crabe prennent donc la situation très au sérieux.

À moyen terme : éliminer les cordages

Merinov étudie présentement l’utilisation d’un prototype de cordages munis d’une sorte de fusibles prêts à se rompre lorsque surviendrait une tension comme l’empêtrement d’une baleine. Les cordages se briseraient automatiquement, libérant la baleine.
Le pêcheur, par contre, perdrait son casier. « Il faut donc s’assurer que les fusibles ne se rompront pas lorsque le pêcheur va installer son casier », explique Jérôme Laurent.
La solution la plus radicale est d’éliminer complètement les cordages verticaux.
Des prototypes de casiers sans corde, mais munis de GPS et de sacs gonflables sont à l’essai dans d’autres centres de recherche. Le pêcheur déclencherait le gonflement du sac à distance afin de remonter le casier à la surface.
Des chercheurs testent aussi des casiers équipés de câbles reliés à un enrouleur qui demeure au fond de l’eau. Le pêcheur déclenche l’enrouleur pour libérer le câble qui se déroule pour permettre à la bouée et au casier de remonter à la surface.
Aucun de ces systèmes ne sera prêt à court terme, croit le biologiste. Il reste, dit-il, plusieurs points à régler, dont leur coût d’achat et d’utilisation et surtout, leur fiabilité.

À long terme : combattre la pêche fantôme

Chaque saison de pêche, des engins sont perdus, souvent emportés par une tempête. Des casiers demeurent au fond de l’eau et continuent de servir de piège. Les cordages, qui souvent flottent entre deux eaux depuis plusieurs années, augmentent les risques d’empêtrement des baleines.
Merinov prépare un projet qui viserait à cartographier les fonds marins des zones de pêche afin de localiser ces casiers et engins abandonnés, ce qui permettrait ensuite de mener une campagne pour récupérer les casiers.
« Pour l’instant, explique Jérôme Laurent, il n’y a pas de décompte officiel là-dessus, mais c’est considérable. Au vu du nombre de casiers que les pêcheurs ont chacun, si chacun en perd quelques-uns par année, depuis le début de la pêche, depuis 30 ans, il suffit de faire le décompte. »

« Faire golfe à part »

La piste de solution la plus évidente et la plus simple à mettre en application à court terme est de « faire golfe à part », fait valoir le chercheur, c’est-à-dire d’éviter que les pêcheurs et les baleines noires se retrouvent aux mêmes endroits en même temps.
Si l’année 2017 a été exceptionnelle pour le nombre de baleines noires fréquentant le Saint-Laurent, elle l’a aussi été pour la pêche au crabe. Les quotas de la zone du golfe ont été doublés et la pêche s’est étendue sur une plus longue période. « Les crabiers étaient encore en mer lorsque les baleines sont arrivées », observe M. Saint-Laurent.
Les pêcheurs de la zone 12, la zone du golfe, souhaitent donc démarrer la pêche plus tôt.
Si les crabiers de l’estuaire démarrent leur saison cette semaine, ceux du golfe peuvent partir parfois jusqu’à quatre, voire cinq semaines plus tard, en raison des glaces.
Pour lancer la saison de pêche plus tôt, il faudra toutefois que tous les ports des zones du golfe soient dégagés des glaces en même temps et plus rapidement que par les années passées.
Normalement, aux premiers jours du printemps, l’aéroglisseur de la Garde côtière est utilisé pour dégager les glaces de l’embouchure de certaines rivières comme la Ristigouche afin d’éviter les inondations. Le bateau part ensuite libérer les ports de pêche.
La baleine noire viendra peut-être cette année changer l’affectation des ressources ou l’ordre des priorités, ce sera au ministère d’en décider. L’annonce du début de la pêche au crabe dans la zone 12 devrait se faire au cours des prochains jours.

Radio Canada
Joane Bérubé avec la collaboration de Maude Rivard

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