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Un tour du monde à bord de Pen Duick VI pour Marie Tabarly

Un tour du monde à bord de Pen Duick VI pour Marie Tabarly

Une interview de Marie Tabarly, 33 ans, la fille d'Éric Tabarly.

L'été s'étire à Saint-Tropez en ce début de mois d'octobre. Les chauds rayons du soleil comblent les badauds qui déambulent autour du port. Seule une légère brise présage d'une météo plus capricieuse au large. Les participants aux Voiles de Saint-Tropez – un rendez-vous de prestige où se dispute jusqu'à dimanche le Trophée Rolex – l'ont appris à leurs dépens. Avec des pointes à plus de 30 nœuds (55 km/h), les quatre 15M JI (15 mètres jauge internationale) construits au début du siècle dernier, ont particulièrement souffert. « Nous avons eu quatre blessés légers à bord ! » témoigne Marie Tabarly, qui navigue à bord du Mariska, l'une de ses œuvres d'art flottantes. « Tout est complexe sur ces bateaux et les manœuvres se font à mains nues. »

Ce défi physique de chaque instant ravit cette femme de 33 ans au caractère bien trempé. En mars 2018, elle rêve de s'élancer dans un tour du monde en escale de quatre ans à bord de Pen Duick VI. L'aventure, riche en symboles, fait rêver les passionnés de voile qui ont gardé en mémoire la victoire d'Éric Tabarly à son bord lors de la Transat anglaise en 1976. Mais Marie n'y voit aucun hommage et s'agace d'être constamment cataloguée comme une « fille de ». Elle dit simplement avoir eu « un appel » pour ce voyage initiatique qui fera l'objet d'un documentaire. Assise sur le ponton du port, Marie Tabarly s'est longuement confiée au Point.fr, laissant transparaître une force de caractère à soulever les montagnes, une sensibilité étonnante et un regard sans concession sur notre société.

Le Point.fr : Depuis deux ans, vous projetez de faire le tour du monde avec escale. Votre motivation première, c 'est de sensibiliser sur l 'état de la planète ?

Marie Tabarly : Oui, nous devons tendre vers un nouveau modèle de société, le temps presse ! La terre nous envoie des dizaines et des dizaines de signaux. L'année dernière, il faisait 0° en plein hiver dans l'Arctique et la Bretagne a vécu un an de quasi-sécheresse ! Chacun doit accepter de comprendre et de changer. Mais pour y parvenir, il faut d'abord apprendre à se connaître, à savoir quels sont nos réels besoins. Pendant ce tour du monde, nous allons observer le climat, comprendre les vents, les courants, nous attacher à savoir comment la terre vit et respire.

Pourquoi avez-vous décidé que cette aventure soit collective, en vous entourant d 'artistes et de sportifs ?

Pen Duick VI est un bateau superbe et ce sera un lieu de rencontres et d'échanges, riches d'humanité. Je suis métisse (sa mère, Jacqueline, est martiniquaise, NDLR), j'aime le mélange ! Un artiste emmène de la poésie, du lâcher-prise, alors que le surfeur ou l'alpiniste perçoit les changements de notre écosystème. Il y a du bon à prendre chez chacun : j'aimerais bien d'ailleurs que des chefs d'entreprise ou des hommes politiques me rejoignent.

Qui vous accompagnera par exemple ?

L'écrivain Sylvain Tesson, Pierre Casiraghi (membre de la famille princière de Monaco) ou encore le champion de freeride Jonathan Charlet seront avec moi au Spitzberg (en Norvège, NDLR). J'ai aussi appelé Iggy Pop et j'essaie de joindre Patti Smith. Aujourd'hui, nous sommes à cinq connexions de n'importe qui dans le monde. J'en suis déjà à deux de Barack Obama ! (rire)

En aucun point votre voyage ne consiste à vous éloigner du monde des hommes, comme le souhaitent certains marins

On s'éloigne surtout pour quitter une réalité. La vie à bord est simple, on abandonne tous nos réflexes de terriens. En mer, un billet de banque ne vaut pas grand-chose ! L'idée, c'est de prendre du recul avec ce monde perfusé par la télévision qui rend célèbres des gens qui n'ont strictement rien à dire et qui tire tout le monde vers le bas.

Vous multipliez les activités sportives, les séances d 'entraînement dans de nombreuses disciplines. Que recherchez-vous ?

J'ai 33 ans, pas de mari, pas d'enfants, mais je ne suis pas malheureuse. Je me sens libre et désireuse d'apprendre ! Chaque semaine, je fais quatre entraînements d'escalade, deux d'apnée. Je m'initie au parapente, pratique le kitesurf, tente de progresser en surf… J'essaie de comprendre pourquoi un sport me résiste, si c'est à cause du physique ou de la peur. L'appréhension ne doit jamais être un frein. Si un rêve ne fait pas peur, c'est qu'il n'est pas suffisamment grand.

Ce constat s 'applique aussi pour les skippers comme Armel Le Cléac 'h, François Gabart et Thomas Coville

Je suis très admirative de ce qu'ils ont accompli. L'exploit de Thomas (le record du tour du monde en solitaire, NDLR) est stratosphérique, notamment grâce à son cheminement mental pour parvenir à encaisser autant d'efforts. Le jour de son départ, il était serein, heureux et empli de gratitude. C'est un voyage psychologique intense et fabuleux.

Pourquoi n 'avez-vous pas décidé de partir en solitaire ?

J'ai toujours été très seule et j'aime ça ! Je suis désormais plus en paix avec moi-même et j'ai envie de partager, même si ce désir n'est pas poussé par l'envie de combler un vide ou cacher une faiblesse. On ne doit pas être obligé d'avoir des relations avec tout le monde, d'être connecté en permanence, de n'agir que par rapport au regard de l'autre. Essayons déjà d'être en harmonie avec soi-même.

Ce tour du monde sur Pen Duick VI, vous le ferez trente ans après celui de votre père. Comment en parleriez-vous à une génération qui ne l 'a pas connu ?

Je ne sais pas (pause)… Je leur dirais que c'était un grand marin et qu'ils peuvent se renseigner ! Moi, je ne peux pas en parler. «  Salut, mon père a révolutionné le monde de la voile  », ça ne le fait pas. Après, au rythme où la société évolue, les jeunes ne sauront bientôt plus qui est Picasso !

Quelle relation avez-vous avec les bateaux, et Pen Duick VI plus particulièrement ?

Vous allez me traiter de folle (rires), mais, pour moi, les bateaux sont vivants ! Ils nous répondent, nous font des blagues : c'est une relation fusionnelle. Sur le VI, je suis chez moi. Une fois installée dans la soute à voile, il ne peut rien m'arriver !

Sources : Le Point.fr- Antoine Grenapin

 

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