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Un drakkar en Amérique

Un drakkar en Amérique

Les 33 membres d’équipage ont quitté Haugesund sur la côte norvégienne le 24 avril 2016 à bord d’une réplique de drakkar du Moyen Âge. Ils ont fait escale à Québec au mois de juin dernier après une traversée de l’Atlantique particulièrement humide et réfrigérante. Sigurd Aase, l’homme d’affaires norvégien derrière ce projet, voulait commémorer la première expédition de l’explorateur islandais Leif Eriksson qui a atteint les côtes d’Amérique du Nord autour de l’an 1000. La construction du bâtiment de 35 m de long par 8 m de large a débuté en 2010. Les sources historiques disponibles laissent des zones d’ombre sur la fabrication des navires d’expédition scandinaves. Par ailleurs, on peut se demander si des navigateurs contemporains auraient accepté d’embarquer sur un drakkar tel qu’il se présentait en l’an 1000.

Draken Harald Hårfagre est une embarcation pontée sur toute sa longueur, alors que les bateaux scandinaves de l’époque ne possédaient que quelques zones pontées, le reste de la structure demeurant ouverte pour installer les rameurs. Sur le bâtiment norvégien, les rames ne servent pas souvent et deux moteurs diesel remplacent la propulsion humaine. Quant aux boucliers rangés sur la lisse, ils servent, au mieux, à protéger des embruns.

Il s’agit néanmoins d’un navire impressionnant lorsqu’on le découvre pour la première fois. La chef de quart Charline Gicquel m’accueille à bord. Marin professionnel, officier en second sur l’Hermione, Charline a embrassé la vocation de marin sur les vieux gréements. Française lui demandai-je ? «Bretonne» rectifie-t-elle aussitôt. Elle affiche spontanément une ferme volonté de gagner sa vie sur l’eau, comme beaucoup d’autres jeunes Bretons farouchement attachés à leur patrimoine maritime.

«C’est un bateau dangereux» m’explique-t-elle «surtout quand on hisse la voile». L’immense vergue pèse 1,5 t. Il faut une demi-heure aux douze équipiers pour la hisser à l’aide d’un cabestan horizontal que l’on manœuvre au moyen de barres de bois. «Il faut toujours penser à sa propre sécurité et demeurer constamment vigilant» continue Charline «sous l’effet du roulis, palans et poulies peuvent fracasser un crâne. On est tout le temps très exposé et l’on ne pose aucun geste seul. Les manœuvres se font par groupe de 5 à 6 équipiers et elles requièrent une parfaite coordination» explique encore la chef de quart.  Hisser et affaler constituent toujours des manœuvres difficiles, d’autant plus qu’il faut parvenir à faire passer la vergue à l’extérieur des haubans pour que la voile porte.

L’équipage de 33 personnes tourne sur trois quarts, composés à moitié de professionnels et d’amateurs. Le capitaine Björn Ahlander assure l’un de ces quarts, tandis qu’un bosco supervise les manœuvres.

Devant le mât, un poste d’équipage où l’on entasse les affaires personnelles de l’équipage. Derrière le mât, une tente abrite une série de couchettes superposées où le quart de repos s’enroule dans les sacs de couchage, seul moment où il échappe au froid. À l’entrée de la tente, la cambuse où le cuisinier officie. Tous les repas se prennent à l’extérieur, faute de place pour s’abriter ou se réunir. Sur le pont, pièces de bois, câbles et cordages dégoulinent de coaltar. Sous le pont, une douche et deux bols de toilette. Il faut s’accroupir pour y accéder, mais le pont n’étant pas étanche, la douche peut avoir un goût d’eau salée. Pas facile tout de même la vie de viking au XXIe siècle….

«Au début, je le voyais comme l’expérience la plus difficile de ma carrière» témoigne Charline Gicquel. «Nous avions tous le sentiment d’aller vivre quelque chose d’unique. J’avais évidemment des appréhensions, mais au bout du compte, on apprend par tâtonnement et on finit par se faire à tout.»

Si l’équipage du Draken Harald Hårfagre a dû manifestement déployer ses facultés d’adaptation sur son parcours nordique, il a en revanche vécu dans la crainte permanente des paquets de mer que les pompes manuelles n’auraient pu étaler. Sur un navire dépourvu de dalots et dont le pont n’est pas étanche, l’équipage est sans cesse obnubilé par l’état de la mer.

Draken Harald Hårfagre a remonté le Saint-Laurent jusqu’aux Grands Lacs au cours de l’été. Il a dû affronter la rigidité administrative des pilotes américains qui l’ont obligé à utiliser leurs services. Le voyage a continué ensuite sur l’Hudson jusqu’à New York. Le drakkar hiverne actuellement au port musée de Mystic Seaport dans le Connecticut. Il doit remettre le cap sur la Scandinavie l’été prochain.

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