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Fermeture du centre de sauvetage de Québec

Fermeture du centre de sauvetage de Québec

Michel Sacco

 Si tout le monde avait bien compris que la politique d’austérité annoncée dans le dernier budget fédéral annonçait des coupures budgétaires, personne ne s’attendait à ce que l’on touche au cœur du système de recherche et de sauvetage en mer en prenant la décision de fermer dès le printemps 2012 deux des cinq centres de coordination qui existent au pays, soit ceux de Québec et de St. John’s à Terre-Neuve. La nouvelle a semé la consternation dans les milieux nautiques et maritimes et l’on s’explique encore très mal le bien-fondé de cette coupe aveugle. Le ministre des Pêches et des Océans, Keith Ashfield, a certes reçu la commande de retrancher 56 millions du budget 2012 de la Garde côtière canadienne, mais la fermeture du MRSC (Marine Rescue Sub-Centre) de Québec ne lui fera cependant épargner théoriquement qu’un maigre million. Un million qui reste risque de coûter cher tant il va bouleverser les opérations de coordination du sauvetage maritime sur l’ensemble du Saint-Laurent.

Cette décision constitue un retour en arrière et nous ramène à la situation qui existait avant 1977, époque à laquelle le Saint-Laurent était divisé en deux zones d’intervention placées sous la responsabilité des services de Trenton en Ontario et de Halifax en Nouvelle-Écosse. Dès 1975, un rapport du Conseil du Trésor intitulé Interdepartmental Review of Marine Search And Rescue faisait pourtant état de lacunes et de carences dans les opérations de sauvetage, carences et lacunes dues notamment à un manque de connaissances locales des coordonnateurs et à des problèmes linguistiques. C’est précisément pour répondre à ces problèmes que l’on avait mis sur pied en 1978 les deux centres d’urgence de St. John’s et de Québec.

«Je ne vois pas comment on peut prétendre que le niveau d’efficacité ne sera pas altéré», affirme Hubert Desgagnés, un consultant maritime, ex-officier de la Garde côtière, spécialisé en sécurité maritime. M. Desgagnés fait également remarquer que le centre de sauvetage de Halifax a pourtant été blâmé en 2008 pour la mauvaise qualité des communications avec les familles de l’équipage francophone du bateau de pêche l’Acadien II, victime d’un naufrage qui a coûté la vie à quatre marins madelinots.

La fermeture de l’unique centre de sauvetage du Québec va donc forcer une réor-ganisation complète des services de coordi-nation. À l’ouest du 70° de longitude – qui se trouve dans la région de Cap-à-l’Aigle – les appels de détresse seront acheminés vers le bureau de Trenton, tandis que le bureau de Halifax prendra en charge les appels prove-nant de l’est de ce méridien.

Le ministre Ashfield se défend en faisant valoir que la technologie permet aujourd’hui de diriger les appels vers une destination centrale et que bateaux et hélicoptères de sauvetage demeureront dans les ports où ils sont déjà basés. Il assure aussi que le niveau de service dans les deux langues officielles sera maintenu, une affirmation qui ne convainc plus grand monde de la part d’une administration qui collectionne les blâmes du Commissaire aux langues officielles depuis déjà trop longtemps.

La coordination des opérations de sauvetage ne se résume pas au déploiement de moyens physiques, elle est avant tout une affaire de compétence et de qualité de jugement qui s’exercent dans un climat d’urgence qui peut s’avérer particulièrement tendu. Les coordonnateurs des centres de sauvetage sont toujours des officiers de navigation qui possèdent une expérience de chef de quart et qui ont déjà navigué dans la région dont ils assurent la couverture. Avant d’entrer en fonction, ils sont soumis à des examens qui évaluent leurs connaissances locales relatives à la géographie des plans d’eau et aux conditions particulières qui les caractérisent. Vélocité des courants, caractéristiques physiques des ports pouvant servir de refuge, phénomènes météorologiques spécifiques à des secteurs bien définis, la connaissance fine des plans d’eau et des conditions qui leur sont associées sont autant d’outils qui leur permettent d’appréhender avec justesse la gravité des situations et de prendre les décisions qui s’imposent. Ces coordonnateurs sont des employés permanents, souvent en poste depuis plusieurs années et dont l’efficacité opérationnelle repose justement sur leur longue expérience d’intervention dans des zones géographiques qu’ils connaissent très bien. Ils ont aussi appris à connaître les habitudes et les zones fréquentées par leurs différentes clientèles. Ils savent par exemple qu’une ligne de grains peut générer des vents violents sur la rivière Saguenay, que la région d’Oka sur le lac des Deux Montagnes est fréquentée par d’importantes flottes de dériveurs et que les kayakistes s’aventurent volontiers jusque dans l’archipel de Mingan. La toponymie locale leur est familière et ils savent où se trouve un plaisancier qui parle de «la batture Lachance» dans la région de Montmagny, une appellation inexistante sur les bases de données de cartographie électronique.

Il est difficile de concevoir que le personnel de Trenton et de Halifax, à qui l’on veut confier la charge de la sécurité des plans d’eau du Québec dès le printemps 2012, pourra assimiler en si peu de temps cette somme de connaissances locales et maintenir la même qualité de services que le MRSC de Québec a su développer depuis 1978. L’adaptation ne sera pas chose simple pour les équipes de sauvetage de la région atlantique qui interviennent souvent en plein océan dans des zones où les connaissances locales ne constituent pas un enjeu primordial. Une situation radicalement différente de celle du Québec où 90 % des incidents surviennent à moins de 5 km des côtes.

Pour remplacer les neuf coordonnateurs de Québec et les douze de St. John’s, la Garde côtière envisage de recruter six nouveaux employés à Trenton et à Halifax. Ces douze nouveaux coordonnateurs devront être bilingues, à la différence de leurs camarades déjà en fonction. Le niveau de langue de ces employés sera-t-il suffisant pour comprendre rapidement les informations que leur communiquent des plaisanciers parfois en proie à la panique et pas toujours capables de préciser leur position avec exactitude? Connaîtront-ils des difficultés de compréhension relativement à la toponymie locale? Comment peut-on garantir un service en français dans les périodes de pointe si la majorité des coordonnateurs n’est pas bilingue? À titre d’exemple, au cours de la fin de semaine du 16 au 18 juillet 2011, le MRSC de Québec a géré plus de 2 500 appels téléphoniques pour une durée totale de conversation en français de près de 40 heures. Des données qui font réfléchir, d’autant plus que les centres de Trenton et de Halifax devront traiter chacun environ 1 000 incidents supplémentaires annuellement, un volume d’interventions additionnel qui fait courir le risque de les surcharger en période estivale.

Un autre élément troublant semble indiquer que le travail a été bâclé à Ottawa. Le MRSC de Québec assure également la coordination des opérations de déglaçage en période hivernale et traite annuellement environ 400 demandes de navires ayant des difficultés de navigation dans les glaces. Le Bureau centre des glaces devra bien évidemment demeurer opérationnel à Québec, ce qui diminue d’autant la maigre économie escomptée d’un million de dollars. «Le ministre a été visiblement mal conseillé, il devra examiner d’autres scénarios et trouver des solutions acceptables», conclut M. Desgagnés.

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